L’école, neutre, engagée ou outil de propagande?

En tant qu’association d’éducation permanente, on doit amener notre public à acquérir une réflexion critique sur la société. L’exercice est parfois délicat : comment aborder des sujets sans d’emblée influencer la perception qu’en ont les gens? La neutralité est de mise, que ce soit dans l’enseignement ou dans les médias… mais est-il réellement possible d’être neutre? Rien que le fait de choisir d’aborder un sujet ou au contraire de ne pas en parler (ou de le survoler rapidement), est une forme de prise de position.

On peut alors se demander ce que l’école nous a enseigné… et ce qu’elle ne nous a pas enseigné, et les conséquences qui en découlent aujourd’hui dans notre société.   Voilà de quoi réfléchir pour la rentrée des classe…

D’où vient le racisme « ordinaire » ?

Un exemple d’actualité : un incident survenu au festival Pukklepop ce WE. Deux jeunes filles noires ont été victime d’acharnement raciste de la part d’autres ados, qui chantaient « Handjes kappen, de Congo is van ons » (« Couper les mains, le Congo est à nous »). Comment, presque 60 ans après l’indépendance du Congo, des jeunes peuvent-ils en arriver à chanter cela? L’un d’eux reconnaît d’ailleurs être effrayé par son propre comportement, et d’avoir chanté sans réfléchir. Que connaît-il réellement de la colonisation du Congo?

Et nous, belges de tous âges, que nous a-t-on donné comme informations sur la colonisation entreprise par notre propre pays?

Quand on parle de la colonisation à l’école

Voici quelques extraits du journal Ensemble n°95, qui présente un dossier consacré à la façon dont on parle de la colonisation à l’école :

« L’aventure coloniale belge au Congo fut caractérisée par une succession ininterrompue de crimes contre l’humanité, commis pour imposer l’ordre colonial, par le déni de ces crimes, et par le déploiement massif d’une propagande visant à justifier la colonisation. »

« Durant trois quarts de siècle, l’expérience coloniale belge et la propagande raciste massivement diffusée pour la justifier, ont façonné les esprits, inculquant entre autres, à travers l’école, l’idée de la supériorité du « Blanc » sur le « Noir ». »

Et à l’heure actuelle, qu’en est-il des cours d’histoire à l’école ? 

« Le nouveau programme d’Histoire (…) appliqué pour la première fois en 2017 dans son enseignement qualifiant, réussit l’exploit de présenter l’histoire de la décolonisation du Congo belge sans même mentionner le nom du Premier ministre Patrice Lumumba, mis à l’écart et assassiné en 1961 avec (…) la complicité des autorités belges. »

ecole Lumumba

Dessins parus dans Ensemble n°95, p.20

Mais bon, on ne peut pas parler de tout, n’est-ce pas… Est-ce que c’est tellement important ? Oui, car il est inacceptable de voir émerger des stéréotypes racistes comme ce WE au Pukklepop… Il ne devrait pas y avoir de racisme « ordinaire ».

 » L’enseignement de l’histoire coloniale belge devrait être un outil majeur [pour lutter contre les stéréotypes racistes], puisqu’il peut permettre aux élèves de comprendre comment et pourquoi ces stéréotypes ont été construits et diffusés. »

Que faire ?

Certaines associations, comme le Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations (CMCLD), mènent des actions et des interpellations pour sortir  la société belge du déni concernant la colonisation, notamment en demandant une réforme au niveau de l’enseignement.

Outre l’école, l’espace public peut aussi devenir un espace de sensibilisation et de reconnaissance publique. Ainsi, cette année le square Patrice Lumumba a été inauguré, à l’entrée du quartier Matongé. Une reconnaissance de cette figure phare de l’indépendance qui aura tout de même pris…58 ans, et nécessité la mobilisation depuis de nombreuses années de plusieurs associations. D’autre part, puisque les statues de Leopold II sont régulièrement prises à parti par des activistes, certaines villes ont placé des plaques explicatives donnant quelques indications sur les exactions commises lors de la colonisation du Congo.

De nombreux ouvrages traitent de la colonisation, vous permettant d’acquérir d’autres informations sur ce sujet sensible … et transmettre une vision plus nuancées de l’histoire. Vous pouvez découvrir les références disponibles dans le fonds de notre Centre doc en effectuant une recherche en croisant les mots-clé COLONIALISME et REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

Image_notre congoPar exemple Notre Congo Onze Kongo : la propagande coloniale belge dévoilée , publié cette année par le CEC, présente une série de documents iconographiques et audio-visuels datant de la période coloniale belgo-congolaise. Comment les différents canaux de propagande ont autrefois fonctionné pour justifier l’entreprise coloniale ? Quels en ont été les enjeux et les impacts encore actuels ? La redondance et la répétition monotone de ces slogans sont à la source d’un inconscient collectif lié à la colonisation. Les répercussions de ces images et discours se font sentir jusqu’à nos jours dans la persistance de certains stéréotypes et préjugés quant aux représentations des pays du Sud et de leurs habitants. Un aperçu :

Autre approche : dans Promenade au Congo : Petit guide anticolonial de Belgique (Aden et CADTM, 2010) Lucas Catherine vous convie à redécouvrir la Belgique sous un angle original : de Bruxelles à Ostende, ce guide propose des promenades sur les traces du patrimoine congolais. Ces itinéraires constituent un véritable guide anticolonial qui donne à voir de manière saisissante à quel point la Belgique s’est enrichie et métamorphosée sur le dos de sa colonie.

Et vous ? Vous avez d’autres idées de ressources et d’actions ? Vous en parlez dans vos cours ?

 

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