Peur de la pauvreté ou peur des pauvres ?

Ce 17 octobre, à l’occasion de la journée internationale de la lutte contre la pauvreté, nous mettons un focus sur un des rayons du centre doc : « pauvreté – exclusion »

rayon pauvreté copie

Une petite sélection des ouvrages  que vous pouvez trouver dans nos rayons, ainsi que par une recherche dans  notre catalogue en ligne avec le mot clé PAUVRETE

A ces nombreux recueils de témoignages, études de terrain et analyses, s’ajoute aujourd’hui un nouvel ouvrage, édité par le Forum – Bruxelles contre les inégalités : Pauvrophobie. Petite encyclopédie des idées reçues sur la pauvreté.

pauvrophobieAvec pas moins de 85 contributions, les auteurs (chercheurs, acteurs de terrain) entendent « résister à cette tendance qui participe à faire des pauvres non pas des victimes d’injustices, mais des coupables directs ou indirects de leurs propres malheurs ou déchéances ». Céline Nieuwehuys, secrétaire générale de la Fédération des services sociaux, explique ainsi que « la pauvrophobie est ce qui va rendre l’individu responsable de sa situation de mendicité, de prostitution, etc. »  85 idées reçues sont ainsi identifiées dans l’ouvrage, et déconstruites de manière argumentées par différents experts  sur base des derniers chiffres et études disponibles.

Mais alors, qui est responsable de la pauvreté, si ce ne sont pas les pauvres?

Il est tellement plus simple et confortable d’invoquer des causes individuelles, auxquelles on apporte des solutions individuelles. Ainsi, ce n’est plus notre problème. Éventuellement, si on a l’âme sensible, on peut faire l’aumône pour se donner bonne conscience. Mais c’est avant tout au pauvre de s’activer, ou de traverser la rue, pour reprendre le conseil d’Emmanuel Macron. Or, ce que le Forum met en avant, c’est que la pauvreté est une problématique systémique.  « On veut mettre en lumière comment le système organise la pauvreté et comment on peut, avec le système, lutter contre elle. »

1710Déconstruire les clichés,  c’est se donner l’occasion de découvrir la réalité du terrain qu’ils masquent, de rendre visible l’invisible, qui est le slogan de la marche organisée ce 17 octobre à Bruxelles. C’est permettre de se rendre compte que les solutions proposées ne sont pas si simples à mettre en oeuvre, et se heurtent à d’autre écueils.

Prenons l’exemple de la formation, qui est notre créneau au Collectif Alpha. Un cliché relevé dans Matin Première :

Ils pourraient au moins se former. Les pauvres n’entament pas de formation alors qu’ils ont le temps

Pourtant, explique Céline Nieuwehuys, « il y a beaucoup de personnes dans la précarité qui se forment. Par ailleurs, on sait qu’aujourd’hui la manière dont le système est organisé fait que la pauvreté prend énormément de temps. On voit que les travailleurs sociaux passent un temps énorme à essayer de restaurer les droits fondamentaux des personnes. Et généralement la personne a déjà essayé de batailler toute seule pour essayer de restaurer ses droits, son accès au chômage, son accès au RIS, son accès à un colis alimentaire, son accès à une bourse d’études. »

Si vous travaillez dans le secteur de l’alphabétisation, ce constat vous parlera : donner un cours de manière continue à sa classe est devenu une gageure, entre le temps passé en démarches administratives pour prouver qu’on donne bien cours… au lieu de donner cours, et les apprenants qui doivent s’absenter pour un rendez-vous avec les services sociaux… qui sont parfois les mêmes qui les ont envoyés en formation. On balance le mot « formation » comme un remède miracle, sans s’interroger sur les conditions nécessaires à ce que la formation porte effectivement ses fruits. Et ensuite, si ça ne marche pas, on pourra toujours incriminer les profs incapables et les étudiants qui manquent de volonté… Toujours cette même responsabilité individuelle.

Que faire ?

  • Vous plonger dans la lecture de ce passionnant ouvrage
  • Participer au débat organisé par le Forum au Festival des libertés le 26/10 à 20h30
  • Face à une idée reçue, prendre l’habitude de la décortiquer, ou du moins, de ne pas la gober toute crue
  • Enlever les oeillères, ouvrir les yeux et parler avec les personnes concernées
  • Parler avec les personnes « qui ne sont pas concernées » (peut-on vraiment l’être?) pour leur faire part de vos découvertes
  • … et bien sûr, de nombreuses autres idées que vous ne manquerez pas d’avoir

 

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A propos Centre Doc Alpha

Nous sommes les documentalistes du Centre de documentation du Collectif Alpha. Nous proposons de la documentation sur l'alphabétisation, mais aussi sur la formation d'adultes, l'éducation permanente, l'insertion socioprofessionnelle, l'interculturel, l'émancipation... Notre centre de documentation est ouvert à toute personne intéressée par ces thématiques : formateurs, étudiants, enseignants, travailleurs sociaux, chercheurs...
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