L’ordre du jour, un livre d’Eric Vuillard

Voici un excellent article sur le dernier prix Goncourt dans le Vif (06/11/2017).

« L’ordre du jour » d’Éric Vuillard, qui a décroché le Goncourt 2017, est un récit saisissant sur l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’Anschluss et le soutien sans faille des industriels allemands à la machine de guerre nazie.

Usines IG Farben au camp de Monowitz.IG-Farbenwerke Auschwitz

 

L’écrivain de 49 ans a une façon unique de se glisser dans les coulisses de l’Histoire pour donner à ses lecteurs une autre grille de lecture d’événements a priori archi connus. Après la chute de l’empire Inca (« Conquistadors », 2009), la conquête coloniale (« Congo », 2012) et la Révolution française (« 14 juillet », 2016), « L’ordre du jour » est l’occasion de revisiter l’arrivée au pouvoir des nazis.

Le 20 février 1933, un mois avant les élections générales, une réunion secrète se tient à Berlin autour d’Hermann Goering et du nouveau chancelier allemand Adolf Hitler. Elle réunit « le nirvana de l’industrie et de la finance ». « Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet », raconte Éric Vuillard.

Parmi ces vingt-quatre, Gustav Krupp, Wilhelm von Opel, le patron de Siemens, d’IG Farben… Avec Éric Vuillard, nous sommes dans ce salon à Berlin et aujourd’hui, en 2017. « A présent, Opel est bien plus vieille que de nombreux États, plus vieille que le Liban, plus vieille que l’Allemagne même… », écrit-il. Ces industriels vont donner aux nazis tout l’argent qu’ils réclament pour les élections. Si les nazis l’emportent « ces élections seront les dernières pour les dix prochaines années et même pour cent ans », dit Goering dans un éclat de rire sans provoquer l’effroi.

Le nazisme s’effondrera mais, rappelle Vuillard, BASF, Bayer, Agfa, Opel, IG Farben, Siemens, Allianz, Telefunken « sont là, parmi nous, entre nous ». « Tous survivront au régime et financeront à l’avenir bien des partis à proportion de leur performance ».

Aujourd’hui encore, « notre quotidien est le leur. Ils nous soignent, nous vêtent, nous éclairent (…) Ces noms existent encore. Leurs fortunes sont immenses ».

– Orfèvre en écriture –

On pense évidemment en lisant Vuillard au mythe terrible de Faust.

Les nazis installés solidement au pouvoir, il y aura d’autres réunions où nous introduit Vuillard le passe-partout. En novembre 1937 après l’annexion de la Sarre, la remilitarisation de la Rhénanie, Hitler reçoit le Britannique Lord Halifax. Le vieil aristocrate britannique est fasciné par ses hôtes. « Pour ce qui est des idées (des nazis), il n’est pas bégueule Halifax », écrit méchamment Vuillard.

L’écrivain est d’une ironie acide lorsqu’il raconte les rencontres en 1938 entre Hitler et Kurt Schuschnigg, « le petit dictateur autrichien » qui ne voit pas venir l’Anschluss. La description du repas mondain qui a lieu à Downing Street le jour où les soldats allemands envahissent l’Autriche ressemble à un vaudeville atroce. Cette invasion, rappelle au passage Vuillard, présentée comme une promenade de santé par la propagande nazie, a failli en fait tourner au fiasco: quasiment tous les chars nazis sont tombés en panne à peine la frontière autrichienne franchie.

Orfèvre en écriture, Éric Vuillard a choisi de raconter l’Histoire en insistant sur les détails. « La vérité est dispersée dans toute sorte de poussière », écrit-il. En 160 pages, l’écrivain au regard implacable -rien n’est inventé, tout est vrai- embrasse de façon magistrale cette tragédie européenne du XXe siècle.

Lire l’article du journal « Le Vif »: Cliquer sur le lien.

Eric Vuillard, « L’ordre du jour » , Actes Sud, 2017, 154 pages

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loi anti-squat, loi absurde…

Hier, jeudi 05 octobre 2017, la loi anti-squat était votée au parlement. Une loi honteuse qui s’attaque aux plus faibles, une loi inutile puisqu’il existe déjà des recours en cas de squat, et une perte d’énergie … qui aurait pu être utilisée à s’attaquer aux causes réelles des squats, c’est à dire les difficultés croissantes pour se loger pour bien des gens.

Quelques explications en images :

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Lecture pour Theo …

Monsieur Theo Francken,

9782343108988rJe voudrais vous suggérer une petite lecture, suite à ce que j’ai découvert dans les médias aujourd’hui: Une émigration non choisie. Histoire de demandeurs d’asile du Darfour (Soudan)

Hé oui! Ce n’est pas par choix que les Soudanais frappent à nos portes. C’est parce qu’ils vivent dans un pays dangereux, dirigé par un homme dangereux, un dictateur, un criminel qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale. Et vous, qui êtes notre représentant politique chargé de l’Asile, vous ramenez à eux le danger, en passant un accord avec les autorités de ce pays responsables du génocide qu’ils ont fuit.

Je fais de l’éducation permanente : c’est le gouvernement qui finance des associations pour former des citoyens critiques et responsables. On essaye de transmettre des valeurs qui fondent notre société : la démocratie, la solidarité, le respect, la justice… On essaye de faire réfléchir et d’analyser les causes et les conséquences des faits, de dépasser les réponses basiques et émotionnelles.

Et vous, membre de notre gouvernement, vous nous représentez : vous devriez nous donner l’exemple, nous montrer la voie. Mais je ne comprends pas ce que vous faites. Vous vous occupez d’Asile, mais vous persécutez les migrants aux portes-mêmes de l’endroit où ils doivent demander l’asile. C’est quoi l’asile, pour vous ? #nettoyer des problèmes ? Les demandeurs d’asile posent problème alors la solution serait de les renvoyer chez eux ? Mais justement, c’est chez eux qu’il y a des problèmes, donc ils ne resteront pas chez eux! Alors vous ne vous arrêtez pas à ce qui se passe au pas de notre porte et allez voir cette méditerranée qu’ils traversent au péril de leur vie. Pour les aider? Non, puisque vous accusez ceux qui les aident en leur sauvant la vie de causer plus de morts! Ben oui, savoir que papa MSF les rattrape quand ils font plouf dans l’eau semble être la raison pour laquelle les migrants continuent de risquer leur vie en mer. Et que faites-vous des dictatures, guerres et autres fléaux qui les poussent dans le dos? On exagère peut-être le danger de ces choses-là, puisque vous faites ami-ami avec un dictateur, et qu’en plus il paraît que c’est monnaie courante. C’est normal, ça, en démocratie ?

Vous, membre de notre gouvernement, vous nous représentez : vous pouvez faire des choses à une autre échelle que nous, simple citoyen. Vous pourriez rallier tous les représentants des pays démocratiques et mettre la pression sur les dictateurs qui poussent les gens à fuir jusque chez nous par exemple. Et nous, simples citoyens, en attendant que cela aille mieux, on pourrait aider ces gens, leur donner à manger, des vêtement, un abri, … ou juste un sourire. C’est ce qu’on fait déjà d’ailleurs, parce qu’on nous a appris que la solidarité est importante, qu’on est tous humains… Et on fait cela alors que vous cherchez à nous décourager et nous intimider. Pourtant, c’est vous, membre de notre gouvernement, vous qui nous représentez, qui devriez nous montrer l’exemple. Vous nous montrez un bien mauvais exemple.

Vous, membre de notre gouvernement, vous nous représentez… mais en fait non. Par vos actions et vos valeurs, vous représentez seulement tout ce contre quoi nous, nos parents et grands-parents se sont battus pour garantir une meilleure vie, pour tous.
Alors il est temps de continuer à se battre…

Un rendez-vous : ce vendredi 22/09 à 19h au Carrefour de l’Europe (Gare Centrale). Citoyen Debout. Rien NVA plus

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Apprendre, ça prend combien de temps ?

Oserais-je exposer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute l’éducation ? Ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778). Émile

A lire : Eloge de l’éducation lente / FRANCESCH Joan Domènech, Chronique sociale, 2011

Cette citation qui a traversé les siècles pourrait être renvoyée à tous ceux qui actuellement mettre la pression sur les centre d’alphabétisation. Apprendre à lire et à écrire à des adultes? OK, mais vite alors, pour que ça ne coute pas trop cher, et qu’ils deviennent rentables sur le marché de l’emploi…

Mais en fait, d’après vous :

« Ça prend combien de temps pour qu’un adulte apprenne à lire et à écrire ? »

C’est la question que pose Lire & Ecrire à l’occasion du 8 septembre, Journée Internationale de l’alphabétisation.  La réponse des passants :

Déchiffrer peut aller relativement vite, comprendre le sens prend plus de temps et acquérir un esprit critique sur ce qu’on lit… c’est une compétence que malheureusement bien des gens n’ont toujours pas!

Le temps, c’est relatif…

Qu’est-ce que longtemps? Qu’est-ce que vite ? Le temps est-il le même pour tous ?

Certes, nous avons découpé le temps en tranches rigoureuses. Secondes, minutes, heures, jours… s’égrènent avec régularité, rythmées par le tic-tac des horloges, bien cadrées par les calendriers, plannings et horaires dans lesquels on nous somme de couler notre vie. Pourtant, il n’en n’a pas toujours été ainsi. Et il n’en est pas partout ainsi. Le rythme des saisons et le rythme biologique ont longtemps prévalu. C’est avec l’industrialisation et le travail à la chaine que des horaires rigoureux ont été établis.

A lire : La danse de la vie : Temps culturel, temps vécu  / HALL Edward T., Seuil, 1984

A faire : Tempo’Anim : une animation sur notre rapport au temps / Cultures et Santé

Pour en revenir à l’apprentissage, et l’apprentissage de la lecture en particulier, la vitesse d’acquisition de nouvelles compétences et connaissances ne prendra pas le même temps pour tous. Et parfois une longue période de stagnation peut être suivie d’un déclic subit qui fait prendre tout son sens à tout ce qui été ingurgité passivement précédemment, faisant ainsi « passer la vitesse supérieure ».

A lire : Ils ne sauront pas tous lire en même temps / BOUCHARD Pascal ; PETAUT Marie, Hachette, 1994.

 

En cette journée de l’alphabétisation, prenez le temps …

 

 

 

 

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Bricoler c’est pour les bébés…

… De la place de l’art et de l’artisanat dans les apprentissages

art et alpha

« Patchwork des quatre saisons », art textile. Un projet de Vie féminine – Maison Mosaïque de Laeken et de Liliana Aguirre Perea, à la Maison du livre. Dans le cadre du Festival Arts & Alpha

On s’extasie devant les chefs d’œuvres d’artistes célèbres, on admire le travail précis des artisans… mais lorsqu’il s’agit d’intégrer ces matières dans le parcours d’apprentissage, il n’y a souvent plus grand chose. Certes, on s’attendrit devant les bricolages faits par les mains potelées de nos bout’choux. Pourtant, en terme de mains, ce sont souvent celles des enseignants qui ont confectionnés la plus grande partie de l’ouvrage. Ensuite, alors que les enfants seraient enfin capables de les concevoir et des les réaliser eux-mêmes, ces activités disparaissent quasi totalement (sauf pour la fête des mères et des pères!), au profit de matières « sérieuses » comme le français et les maths.

Dommage… D’autant plus que le bricolage et les activités artistiques peuvent jouer un rôle important dans le développement de capacités cognitives fondamentales. A condition d’être abordés de manière à favoriser cela.

Bricoler, c’est se débrouiller, c’est s’en tirer avec des moyens de fortune, c’est réajuster ses plans initiaux en fonction des difficultés rencontrées … Et ne pas lâcher son objectif.

Vous trouverez matière à réflexion sur ce sujet dans l’article « De l’artisanat » du blog « Où es-tu, COQUELIPOP? » sur les pédagogies actives. L’auteure s’interroge sur la différence entre « art » et « artisanat », considérant que le premier se fait d’abord avec ses tripes et le second d’abord avec sa raison. Elle estime qu’on peut faire des activités artistiques dès le plus jeune âge (6 mois), car il s’agit avant tout de solliciter les sens et l’émotion. Par contre, pour l’artisanat (ou ce qu’on nomme plus souvent les bricolages) il faut attendre d’approcher « l’âge de raison » (5-6 ans) puisqu’il s’agit de partir d’une idée préconçue qu’on essaye de réaliser en réfléchissant au processus à mettre en place. Car pour bricoler, il faut réfléchir! Si on ne se borne pas à faire du « travail à la chaîne ».

Je préfère quils construisent les différentes étapes de réalisation à travers la discussion plutôt que de suivre une recette, c’est plus vivifiant pour le cerveau.

Et pour les adultes?

A voir le succès des activités manuelles en tous genres (de la poterie au jardinage, en passant par le scrapbooking ou la mécanique), il semble qu’on ressente toujours le besoin de ce type de choses, et d’autant plus lorsqu’on passe toute la journée assis derrière un écran d’ordinateur. Pour se distraire… ou pour « vivifier le cerveau »?

En alphabétisation, bien souvent les formateurs proposent aussi des activités artistiques à leurs apprenants, des adultes pas ou très peu scolarisés. Bien que certains rechignent, estimant qu’ils sont venus pour apprendre des choses sérieuses et pas pour s’amuser, les bénéfice de ces activités sont énormes… A condition, bien sûr, qu’elles soient réalisées en sollicitant la réflexion et l’expérimentation, seul et en groupe, et non uniquement l’application passive d’étapes prédéfinies par d’autres.

 

Donc, pour cette rentrée des classes, sortez les ciseaux, la colle, les tissus et les couleurs! Et activez vos méninges…

 

 

 

 

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Trop vieux pour apprendre ?

Les cours d’alphabétisation s’adressent à des adultes qui n’ont pas (ou peu) été à l’école. Certains s’engagent dans ce projet d’apprentissage de la lecture assez tard dans leur vie, parfois même lorsqu’ils sont à la retraite : maintenant qu’ils ne doivent plus s’occuper de leur boulot et de leurs enfants, il est temps de faire quelque chose pour eux.

Oui mais… peut-on apprendre à tout âge ? Est-ce que notre cerveau n’est pas trop usé? Trop rempli? Trop fatigué ? Trop rigide pour s’adapter à de nouvelles informations ?

apprentissage_vieuxCes questions, formateurs et apprenants se les posent souvent lorsqu’ils rencontrent des difficultés dans l’apprentissage. Cog’Innov (association d’agitateurs cognitifs qui se questionnent sur le fonctionnement du cerveau et du comportement) propose ce petit article, « Il n’est jamais trop tard pour s’y mettre! », qui explique de manière simple ce qu’il en est.

Quelques points abordés :

  • Bonne nouvelle : on peut apprendre à tout âge!
  • Attention : un cerveau, ça s’entretient.
    • En étant curieux, ouvert à la nouveauté, à tout âge.
    • En prenant soin de soi (physiquement, socialement, intellectuellement…)
    • En continuant d’utiliser ce qu’on a appris… sinon, on oublie.
  • Un cerveau « trop rempli » : manque de place ou expérience profitable?
  • On devient plus lent avec l’âge. Et alors ? Prenons le temps nécessaire…
    On a tendance à l’oublier : apprendre prend du temps!
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Aiguisez votre esprit critique

A l’occasion des élections françaises, l’association Chiasma a édité un petit « guide de poche du citoyen avisé » qui explique « Comment survivre aux élections? » Il peut être utilisé même en dehors de ce contexte, car nous devrions sans cesse exercer notre esprit critique face aux informations véhiculées par la presse, les réseaux sociaux, les proches…

Il présente les erreurs de raisonnement les plus courantes, invite à considérer les sondages avec précaution et propose des pistes pour mettre à jour nos propres opinions (même si c’est parfois très difficile!).

erreurs de raisonnement

Avec un public qui a des difficulté de lecture et d’écriture, il est intéressant de mettre en lumière « l’argumentum ad personam », dont ils risquent souvent d’être victimes. C’est un procédé qui consiste à attaquer une personne plutôt que son argument. Ainsi, on va critiquer une personne pour sa mauvaise orthographe et ses tournures de phrases maladroites, sans considérer le fond de son message. On évite ainsi de devoir développer de véritables arguments.

Face à un message plein de fautes, on est vite tenté de rétorquer « Quand on ne sait pas écrire, on se tait! », « Apprends à écrire d’abord… », ou simplement le zapper. N’oublions pas que 10% de la population adulte en Belgique est analphabète ou illettré! Cela ne leur enlève pas le droit à la parole pour autant.

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Si ce sujet vous passionne, plongez-vous dans le « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon.

A défaut du livre, le texte de 36 p. qui a servi de base à celui-ci est consultable en ligne. Vous y trouverez notamment les mêmes concepts que dans le folder (plus détaillés), et quelques autres tels les « mots-fouine » ou « le hareng fumé »… Il aborde aussi l’utilisation des chiffres et des statistiques pour manipuler l’opinion.

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