Apprendre le respect…

Il faut apprendre le respect : oui, mais le respect de quoi ? Et comment ?

lapin-retardLe nouveau ROI (règlement d’ordre intérieur) des écoles communales de Forest adopté ce 6 juillet crée la polémique : au bout de 4 retards sur l’année, les enfants ne peuvent plus entrer dans l’école pour la demi-journée.
Mesure critiquée : il est illégal de punir les enfants pour des actes dont ils ne sont pas responsables (ce sont les parents qui conduisent les enfants du maternel et primaire à l’école).
Mesure approuvée : les arrivées tardives perturbent les cours, pénalisant les autres élèves et compliquant le travail des enseignants.

A l’argument souvent répété « Oui, mais c’est quand même important d’apprendre à respecter les horaires aux enfants » on peut rétorquer : « Qu’est-ce qui est le plus important ? Apprendre à respecter les horaires .. . ou apprendre à respecter les gens? »
Car derrière l’exaspération des enseignants concernant les horaires, il y a surtout un raz-le-bol du manque de respect dont ils sont victimes en tant qu’enseignants, dans leur fonction -pourtant essentielle- de formateur des générations futures.
Obliger par la menace à respecter les horaires entraînera-t-il le respect des personnes (enseignants, élèves, accueillants…)? Ou cela ne fera-t-il qu’augmenter les tensions?
Et si on essayait de prendre le problème par l’autre bout : coconstruire le respect mutuel entre tous les acteurs impliqués dans l’éducation des enfants, pour qu’en découle le respect des horaires, du matériel, du cadre…

Argumentaire d’une maman d’élève :

J’étais fière de ma commune lorsque j’ai appris qu’une nouvelle école communale s’ouvrait il y a un an, et qu’elle serait aussi à pédagogie active, comme 2 autres écoles publiques forestoises. Fière de ce choix d’élargir l’accessibilité à une scolarité qui privilégie le respect de l’enfant et son autonomie.

Mais aujourd’hui, cette même commune adopte un ROI (Règlement d’Ordre Intérieur) qui va à l’encontre des valeurs véhiculées par la pédagogie que j’ai choisie pour mes enfants.
Les faits : le nouveau ROI prévoit qu’au 4e retard (2e pour les enfants qui ne sont pas en obligation scolaire) « les enfants ne soient plus autorisés à pénétrer dans l’établissement. » Ce nouveau règlement a été élaboré suite aux mesures exceptionnellement strictes mises en place durant l’alerte anti-terroriste, mesures qui semblent avoir fait, en effet, baisser le nombre de retards. Et en effet, les retards constituent un problème récurrent qui nuit au bon déroulement des cours.

Pourquoi je ne suis pas d’accord avec ce ROI ?
Je suis consciente de la difficulté causée par les retards pour les enseignants et les élèves (interruption des cours…).
Je pense qu’1 (ou 1/2) jour de cours raté peut se rattraper relativement facilement (comme lorsqu’on est malade en fait).
Je ne nie pas que des mesures strictes et des sanctions aient effectivement réduit les retards.
Alors, pourquoi je ne suis pas d’accord ?

Qu’une action aie l’effet escompté ne signifie pas qu’elle soit une réussite.
C’est toute la différence entre se faire obéir parce qu’on inspire la crainte ou bien le respect.
Moi j’attends d’une école qu’elle apprenne le respect, pas la crainte.
Respecter une personne c’est lui faire honneur, reconnaître les bienfaits qu’elle nous apporte, être ouvert à une relation mutuellement enrichissante.
Craindre une personne, c’est se fermer à celle-ci, la fuir, car les sanctions qu’elle nous inflige masquent tout ce qu’elle pourrait nous apporter de positif.
Menacer d’emblée tout le monde d’une punition, c’est considérer chacun comme un « criminel » en puissance. Ce qui induit des réactions négatives (soumission et peur, ou rébellion et colère).

Ce que je reproche à ce ROI, c’est que c’est un exemple éducatif que je ne cautionne pas :

  • Face à un problème, c’est la punition qui permet de se faire obéir (violence) ;
  • Quand les grands font des erreurs et ce sont les petits qui sont punis (injustice) ;
  • Quand quelques uns causent problème, tout le monde est mis dans le même sac (préjugés) ;
  • Qu’un problème se résume à ses effets, sans considérer ses causes (agir sans comprendre) ;

Si nous signons le ROI, cela veut dire que nous acceptons ce mode de fonctionnement et les valeurs qui le sous-tendent, et qui plus est à l’endroit même où on forme les générations à venir. Comment alors croire encore en un avenir avec moins de violence et de soumission, et plus de respect ?
Parents, enfants, enseignants, accueillantes, directions… réagissons !

Demandons l’élaboration d’un règlement positif, conforme à un modèle éducatif qui privilégie l’écoute, l’analyse critique, et la recherche de solutions par la collaboration réelle de tous. Tout ce qu’on demande au secteur de l’éducation permanente en fait, alors pourquoi ne pas l’appliquer à l’éducation tout court ? Cela prend plus de temps, et tout ne sera pas directement solutionné, mais les tensions et heurts qui sont le véritable problème s’en trouveront diminués, offrant un cadre épanouissant pour tous.

Marie Fontaine, maman d’une élève forestoise

 

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Cafés « branchés » et mixité sociale

Voici un article intéressant sur le rôle des bars « branchés » et du discours sur la « mixité sociale » dans la gentrification de la ville. C’est l’occasion, pour ceux qui ne connaissent pas encore, de découvrir le site de l’Observatoire belge des inégalités.

Dans les cafés « branchés » de Bruxelles : la mixité sociale sous contrôle

4 juillet 2016 / Mathieu Van CriekingenDaniel Zamora

Souvent présentés comme des espaces ouverts à la « mixité » et à l’échange, les nouveaux cafés à la mode semblent pourtant n’être qu’un nouvel « entre-soi » destiné à un public très ciblé. Aussi, le café « branché », loin de s’intégrer dans les quartiers populaires, contribue souvent à les transformer.

Consommer « branché » tout en développant la mixité sociale par une offre commerciale alternative est devenu une des idées centrales des politiques publiques en matière de « renouveau » urbain à Bruxelles. En particulier, la valorisation de la mixité – ou de la diversité – fait aujourd’hui partie intégrante des discours, politiques comme médiatiques, mettant en exergue le rôle joué par une série de cafés reconnus comme branchés dans la revitalisation souhaitée des quartiers populaires bruxellois. Ces cafés auraient ainsi le don de permettre la résurrection de ces quartiers oubliés, volontiers présentés comme autant de no man’s land opportunément redécouverts par des catégories de populations – les classes moyennes – par ailleurs ciblées par d’autres dispositifs d’action publique. Les cafés branchés agiraient de la sorte comme vecteurs d’une diversification bienvenue de la composition sociale des quartiers populaires. Nous pouvons cependant nous interroger sur l’omniprésence du discours sur la mixité sociale qui accompagne la création de ce type d’établissements. Quels sont les effets réels de l’installation de certains commerces « alternatifs » dans un quartier populaire ? S’adressent-ils réellement à un public « mixte » ?

Deux enquêtes, réalisées avec des étudiants en sociologie [1], révèlent que derrière ce discours pour le moins séduisant, les cafés branchés sont moins ouverts qu’ils ne laissent l’entendre. Il semble ainsi être moins le signe d’un « renouveau urbain » sous le blason de la mixité que des marques, parmi d’autres, d’une forme particulière de recomposition des inégalités dans la ville…

Lire la suite ICI.

 

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Si l’EURO 2016 était un mouvement social pour la sauvegarde de nos droits à une vie décente…

Les mots ont du pouvoir … et les médias qui les choisissent et relayent une grosse responsabilité

Demain vendredi 24 juin 2016 : grève générale en Belgique … en plein pendant l’Euro 2016. Comment les médias relayeront-ils les actions? Faites l’exercice … et voyez si le petit exercice de style d’Isabelle Marchal ci-dessous s’avère -une fois de plus- pertinent.

Petit exercice de style pour se détendre :si l’EURO 2016 était un mouvement social pour la sauvegarde de nos droits à une vie décente…

Les JT auraient évidemment ouvert sur les bagarres de ce samedi, à Marseille, consacrant de longues minutes aux images des moments les plus tendus. Nous aurions eu droit au traditionnel micro-trottoir, allant des étudiants, empêchés d’étudier, aux commerçants, obligés de baisser leur volet, en passant par la petite vieille, terrorisée, et le cadre dynamique, outré par ces violences à répétition.

Les déclarations politiques se succèderaient, chacun y allant de sa condamnation sans appel, remettant en cause le bien-fondé de ces grands messes du ballon rond ou accusant les fauteurs de troubles d’être des supporters du camp « d’en face ».

Un tableau nous fournirait des données chiffrées sur ce que coûte un match à la société : forces de l’ordre, dégâts estimés, assurances,…
Les dirigeants de l’UEFA seraient pointés du doigt comme des malpropres et accusés d’incitation à la violence. Un invité sur le plateau poserait la question qui fâche : l’UEFA et la FIFA ne sont-ils pas des archaïsmes qu’il est grand temps de supprimer?

Au bout de 25 minutes consacrées au sujet, le/la journaliste évoquerait rapidement le match du jour, on nous montrerait peut-être une passe ou deux, avec un peu de chance, un goal. On parlerait encore de l’EURO 2016 pendant une petite semaine, mais au fil des jours, on s’en désintéresserait, les observateurs parleraient de pourrissement et début juillet, le sujet ne serait plus rappelé qu’en ces termes : 21ème jour de l’EURO, le mouvement s’essoufle : seules 4 équipes y participent encore.
Le 10 juillet, on nous annoncerait enfin le retour à la normale.

Et pour changer un peu, si les grèves, manifs et autres mouvements sociaux étaient des matches de foot, on nous dirait que, certes, tout ça a « un peu terni la fête » , mais que par contre, « ce qu’il y a de génial, c’est qu’on allait pouvoir se concentrer » sur la prochaine manifestation et ses enjeux parce que finalement, « c’est ça qui est important ! »

Isabelle Marchal

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24 mai … nous serons 500 000!

Qui dit qu’on ne trouve que des traces du passé dans un centre de documentation?
Ce midi, nous avons trouvé ce témoignage de la manifestation  nationale de ce 24 mai.
Un témoignage positif et encourageant : nous serons 500.000 et cette journée sera le détonateur qui mènera à des conquêtes sociales sans précédent!

Et vous, vous y serez aussi ?

Ce 24 mai, les habitués des manifestations sentent déjà que ce sera une grande journée. Combien sont-ils ? Des centaines de milliers, sans doute, peut-être 500 000. Le cortège se veut d’abord unitaire. Outre l’immensité du cortège, les témoignages concordent sur la joie, la tranquillité et la détermination des manifestants (au grand dam des journaux réactionnaires qui ne veulent y voir qu’une populace avinée dansant). On crie : « Faites payer les riches !». Mais ce qui frappe surtout, finalement, c’est la puissance qui se dégage de ce peuple en marche.

Il nous faut rappeler le contexte. D’abord, sans doute, l’omniprésence de la crise sociale et économique. Un chômage de masse s’est développé dans les pays capitalistes développés. La misère frappe aux portes des foyers ouvriers, la peur du ­déclassement touche les « travailleurs intellectuels ». Les gouvernements ont réagi par une politique de déflation – diminuer les dépenses publiques, diminuer les salaires – qui n’a fait qu’aggraver la crise.

Bien que la France dispose d’un tissu démocratique plus solide, la menace fasciste n’en est pas moins réelle. Le peuple a su réagir. Un programme est élaboré pour la paix, le pain, la liberté. Des premiers signes d’une mobilisation sociale apparaissent, des grèves limitées éclatent dans quelques usines. Souvent victorieuses car le patronat a peur.

Ce 24 mai va servir de révélateur et de détonateur. La manifestation a des lendemains qui luttent et qui chantent. Deux jours après, de nouvelles grèves démarrent dans la métallurgie, pour l’augmentation des salaires, contre le renvoi d’ouvriers, pour la dignité ouvrière. La conscience de la force populaire, née dans la manifestation du 24 mai, joue un rôle décisif dans l’ampleur et les traits que va revêtir l’immense grève générale de mai et juin.

Un mouvement généralisé, déterminé, calme et joyeux, qui n’attend pas la constitution du gouvernement pour s’exprimer. La démocratie exige que le peuple ne cède jamais de sa souveraineté. Les masses allaient, au moins un temps, exercer une forme de souveraineté qui s’est traduite par des conquêtes sociales sans précédent.

Mais d’où vient donc ce témoignage du futur ? La réponse se trouve ICI…
De quoi réfléchir sur l’histoire et ce qu’elle nous apprend…

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Les autres (hélas!) c’est nous

JPO2016-logo« Les autres (hélas!) c’est nous » Cette phrase vous interpelle ?
Qui suis-je, moi? Qui suis-je, par rapport aux autres ? Comment mieux me connaître me permet de mieux être, mieux être ensemble… et mieux faire ensemble?
Autant de questions auxquelles nous vous invitons à réfléchir ce jeudi 28 avril, à la Journée Portes Ouvertes des Centres de documentation du Collectif Alpha et de Cultures & Santé

En attendant le plat de consistance, voici une petite mise en bouche pour approcher la thématique de l’identité avec légèreté, humour, poésie, tendresse … mais tout en finesse.
A découvrir aux rayons jeunesse et BD…

 

 

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A propos du « Modernisme social », du socialisme libéral et du libéralisme moderniste…

A travail égal

En ces temps où en Belgique, un gouvernement de droite, comme en France, un gouvernement de « gauche » ou en Italie et ailleurs… les conquis sociaux des luttes ouvrières, progressistes et révolutionnaires du XXème siècle sont démantelés par pans entiers au nom de l’efficacité du marché et de la modernisation, absolument nécessaire, des relations sociales et professionnelles, la lecture de l’article de Blairon apporte un peu de clarté dans ces montages idéologiques savamment confus.

 

 

Jean Blairon, « Comment justifier un accroissement sans limites des inégalités – L’exemple d’un think tank libéral », Intermag.be,  [en  ligne],  Analyses  et  études  RTA  asbl,  avril  2016, URL : www.intermag.be/556

Le 18 mars 2016, Matin Première recevait Gaspard Koenig, fondateur d’un think tank libéral français, « GénérationLibre ». Sur son site Internet, le think tank annonce la couleur : « GenerationLibre s’inscrit dans la tradition du « jacobinisme libéral », pour qui l’Etat doit avant tout émanciper l’individu de ses tutelles. A l’heure de la révolution numérique, nous devons préparer un monde ouvert où l’autonomie individuelle et les coopérations spontanées remplaceront les structures centralisées. ».

Gaspard Koenig développe au micro de Bertrand Henne ses thèses sur la société de demain. On y retrouve tous les ingrédients et les argumentaires dénoncés par Pierre Bourdieu en 1999. Ou comment un discours « moderniste » convoque les inégalités au banc du progrès social.

Lire l’article ici: http://www.intermag.be/images/stories/pdf/rta2016m4n2.pdf

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Des 100 languages de l’enfant… que reste-t-il à l’âge adulte ?

« Il ne sait ni lire ni écrire ? Pauvre homme…
Mais comment fait-il pour se débrouiller avec ce terrible handicap?
« 

Comme si l’écrit était la seule manière de communiquer, de s’exprimer, d’appréhender le monde… D’après Loris Malaguzzi, fondateur de l’approche éducative Reggio Emilia, l’enfant dispose pour cela d’une centaine de langues!

Les cents langages de l’enfant

l’enfant
est constituée d’une centaine.
L’enfant dispose d’
une centaine de langues
de cent mains
d’une centaine de pensées
d’une centaine de façons de penser
de jouer et de parler
toujours à cent pour cent
façons d’écouter
de s’émerveiller à l’amour
cent joies
pour le chant et la compréhension
une centaine de mondes
à découvrir
une centaine de mondes
à inventer
une centaine de mondes
à rêver.
L’enfant a
une centaine de langues
(Et une centaine de centaines de centaines d’autres)
mais ils lui volent quatre vingt dix neuf.
L’école et la culture,à
séparer la tête du corps.
Ils lui disent:
de penser sans les mains,de
faire sans tête
d’écouter et de ne pas parler
à comprendre sans joie
à aimer et à admirer
seulement à Pâques et à Noël.
Ils lui disent:
pour découvrir le monde déjà là
et pour cent
ils volent quatre vingt dix neuf.
Ils lui disent:
que le travail et le jeu
la réalité et l’imaginaire
la science et l’imagination
le ciel et la terre
la raison et le rêve
sont des choses
qui ne vont pas ensemble.
Et c’est ainsi qu’ils disent
que la centaine n’est pas là.
L’enfant dit:
Rien à faire; Le cent est là.

Petit_manuel_41_EN_710_1052Que reste-t-il de ces 100 langages après le passage à l’école ? Après le formatage qui prépare l’enfant à la « vie en société »?

Mais quelle vie dans quelle société ? Une « société de l’écrit », où la confiance et la valeur des choses dépend de petits bouts de papier : au diable le bon sens et le sens des responsabilités, les liens interpersonnels et l’expérience réelle! Une haute barrière de paperasses se dresse entre l’individu et le monde…

Les paroles s’envolent, les écrits restent

En éducation, est-ce que cette place de 1e choix accordée à l’écrit dans notre société n’étouffe pas tout le reste? Pensons à la dévalorisation des filières techniques et professionnelles, vidant un apprentissage plus « pratique », traditionnellement considérée comme des seconds choix, pour « mauvais élèves ». L’expression artistique, quand à elle, est généralement reléguée au rang de « passe-temps »et considérée comme accessoire. Et le questionnement et le débat philosophique ?  Bien souvent évité, pour diverses raisons… (voir le chapitre VI de « La pratique de la philosophie à l’école primaire » d’Oscar Brenifer)

ernestoLe petit Ernesto de ce conte de Marguerite Duras approche l’école d’une manière totalement désarçonnante pour ses  parents et son instituteur… Et pourtant : 

 – C’est-y vrai que ça saura lire un jour ? … demande la maman.

– Lire et compter ? … dit le papa.

– Oui lire et compter? … et aller et venir? … Conduire et pas? … Boire et manger? … Travailler, travailler, travailler encore? … Se tromper et pas? … Et tout leur machin et leur saint-frusquin?…

Le maître la regarde avec des yeux vides. Le papa d’Ernesto est au garde-à-vous.

– Hélas! dit le maître avec beaucoup d’emphase.

Hélas! madame : OUI.

« Ah! Ernesto », de Margerite Duras, illustré par Katy Couprie

 

Face à ce terrible constat, que faire? Regardons un peu du côté des pédagogies « nouvelles » 

Actuellement, on parle de plus en plus d’intelligences multiples, une théorie développée par Howard Gardner en 1983. Sans atteindre les 100 langages de Loris Malaguzzi, il identifie 8 formes d’intelligence. Reconnaître les différentes approches du monde chez les individus, sans les hiérarchiser, permet d’améliorer l’auto-estime des apprenants mais aussi la manière d’enseigner des formateurs.

« […] quiconque a travaillé avec des enfants sait qu’ils ne sont pas tous faits sur le même modèle. Si on observe les enfants avec attention, et c’est ce qui se fait dans des écoles qui ont des projets « intelligences multiples », on voit toutes sortes de différences. Je propose un système de lecture de ces différences cognitives. Je ne parle pas des différences de personnalité ou de tempérament.
L’école doit enseigner à vivre ensemble. Elle doit aussi transmettre ce que tout le monde doit savoir du monde, du pays. Mais en fin de compte, chaque enfant va faire son propre sens de ce qui lui est enseigné. »

Interview de Howard Gardner par Sylvie Abdelgaber

 

Mais on a pas attendu les années ’80 pour proposer des pratiques innovantes! Montessori, Freinet, Freire et consorts ont déjà plusieurs dizaines d’années au compteur. C’est après la 2e Guerre Mondiale qu’est née l’approche pédagogique Reggio : « un petit groupe de personnes dans la ville de Reggio se disent que si on ne veut plus que les gens suivent aveuglément des idéologies comme le fascisme qui se nourrit de l’ignorance, il faut les éduquer petits à la démocratie, à la liberté et à la culture ! Ils créent donc une école, en vendant chars d’assaut et camions allemands abandonnés dans la ville, pour les enfants d’âge pré-scolaire (0-6 ans). » (extrait du blog : Activités à la maison)

Bien qu’on parle souvent de « pédagogie Reggio », il s’agit plus d’une philosophie et d’une pratique, dans laquelle les enseignants sont toujours en recherche, se basant sur certains éléments clé :

    • Une vision de l’enfant considéré comme fort, capable et compétent et porteur de « cent langages » […] L’école cherche à offrir à chaque enfant les matériaux et les opportunités de trouver et d’exprimer ses propres langages.
    • Une relation forte de confiance et de partage entre l’équipe pédagogique, les familles et les enfants
    • Une place essentielle accordée à l’environnement dans lequel vivent les enfants.

La documentation

    comme outil d’apprentissage privilégié. L’équipe pédagogique et les enfants eux-mêmes observent leur travail et le documentent.

school-vs-lifeCette approche est caractérisée par les liens : entre l’enfant et son environnement, entre l’enfant et l’enseignant, mais aussi entre les différents « langages »…

Il faut créer des liens entre les différents domaines, favoriser ce qui est complexe donc riche de combinaisons, d’échanges.

On laisse la possibilité à l’enfant de créer en explorant ces différents langages, de faire ses expériences… Cependant, cela ne suffit pas à ce que l’enfant devienne « élève » (voir à ce sujet « Entre rondes familles et école carrée… l’enfant devient élève » de Danielle Mouraux). Il faut veiller à une prise de recul par rapport à l’expérimentation, une systématisation de l’exploration, au moyen de traces : c’est le rôle de la documentation, créée tant par les élèves que les enseignants.

 

En route vers de nouvelles pédagogies! Oui, mais par « le sentier des écoliers » alors …

Cette approche vous paraît séduisante ? Attention cependant à ne pas chercher à appliquer des recettes toutes faites! Être en constante recherche et s’adapter à son environnement sont les maîtres-mots.Comme tout courant, outil ou démarche pédagogique, il est important d’en saisir le sens et de l’adapter à son public, son propre contexte socio-culturel. Si on se limite au matériel utilisé dans le cadre de l’approche pédagogique Reggio (loose parts, table lumineuses, miroirs…), on passe à côté de l’essentiel, comme l’explique ce bel article sur le blog Mamandala et Petit chou.

« Les pédagogies alternatives pour certains, il semblerait que ce soit une affaire de matériel et non d’état d’esprit. »

Mais en tant que formateurs, enseignants, parents, … ne sommes nous pas nous-mêmes déjà tellement formatés au fil des années, que nous avons perdus cette capacité à utiliser nos propres 100 langages pour expérimenter et créer ?

« Pour moi LE point essentiel des pédagogies alternatives et qui les différencient des pédagogies classiques c’est que ça part de l’enfant. Mais si vous suivez un modèle sans partir de votre enfant mais en souhaitant que votre enfant aille vers ce modèle, alors vous tombez dans les mêmes poncifs. Ça ne sert à rien !! Vous faites du stéréotypage, voire même du conditionnement, sauf que vous faites du conditionnement Montessori, vous faites un conditionnement pseudo reggio au lieu de justement libérer vos enfants des conditionnements habituels auxquels on essaye d’échapper. »

Mamandala et Petit chou

… à méditer…

 

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